LA DÉMARCHE DE L’ARTISTE
Mon amour des lieux et du voyage est au cœur de ma pratique artistique.
Je suis touchée par la nature, par les paysages inconnus et par les rencontres avec des personnes et des lieux qui éveillent quelque chose en moi — une énergie, une émotion, une sensation que je rapporte avec moi.
Je ne peins pas les lieux que je visite. Je peins ce qu’ils laissent en moi.
Je recueille des expériences, pas des images. Un voyage à l’autre bout du monde, une promenade près de chez moi, une conversation, une rencontre ou simplement une énergie avec laquelle je me réveille un matin peuvent devenir le point de départ d’une peinture. Un lieu peut en devenir le titre — un repère indiquant où l’expérience a commencé — mais la peinture vient après.
Lorsque j’entre dans l’atelier, je reviens au moment présent. Je peins rapidement et intuitivement, avant que la sensation n’ait le temps de disparaître. La couleur est mon principal instrument — le moyen par lequel l’expérience devient vibration.
Je travaille à l’encaustique, avec de la cire d’abeille, de la résine damar et des pigments secs sur bois. La chaleur transforme la matière pendant que je travaille, faisant fondre et fusionner les couches et permettant à des formes inattendues d’émerger.
Mon processus oscille entre intention et abandon.
Parfois, je verse la cire à la verticale. Pendant un instant, elle m’appartient entièrement — la couleur que je choisis, la chaleur que je crée, le geste que je pose. Puis je la laisse couler. La gravité prend le relais. J’observe, je réponds et j’accepte ce qu’elle devient.
À d’autres moments, je travaille à plat, en appliquant des couches de cire avant d’approcher la flamme du chalumeau. La chaleur fait fondre et fusionner les couleurs en formes que je n’avais pas prévues et que je ne peux entièrement contrôler. Le feu devient alors partie prenante du processus créatif.
Dans les deux approches, je pose le premier geste, puis j’écoute ce qui se passe. Une autre couche. Un autre mouvement. Une autre réponse.
Peu à peu, la peinture prend forme dans cet échange entre ce que j’initie et ce que je suis prête à laisser advenir.
Un pour cent d’intention. Quatre-vingt-dix-neuf pour cent d’abandon.
Pour moi, peindre est un acte de présence et de confiance.
LA TECHNIQUE DE L’ARTISTE
Peinture à l’Encaustique
L’encaustique est une technique picturale ancienne dans laquelle la cire d’abeille, la résine naturelle et les pigments sont transformés par la chaleur. Vieille de plus de deux mille ans, cette technique se distingue par sa luminosité, sa profondeur et son extraordinaire richesse tactile.
Dans mon atelier, je prépare mon médium à l’encaustique à partir de cire d’abeille, de résine damar et de pigments finement broyés. Chauffés ensemble, ces matériaux naturels se transforment en une peinture riche et fluide, offrant une profondeur de couleur exceptionnelle.
Sur ma palette chauffante, la cire demeure liquide. Je l’applique au pinceau ou je la laisse couler librement sur le bois de cerisier sauvage. Chaque couche est fusionnée à la flamme du chalumeau, permettant aux couleurs de fondre, de se mêler et de se transformer.
Le mot encaustique vient du grec enkaiein, qui signifie « brûler, faire pénétrer par le feu ». Le feu est donc bien plus qu’un outil dans mon processus : il devient partie intégrante de la création.
Je commence par une intention : une couleur, un geste, un mouvement. Puis la chaleur, la gravité et la nature même de la cire commencent à participer.
La matière vivante de la cire
L’encaustique possède une présence qui ne ressemble à aucun autre médium pictural. Elle peut être translucide ou opaque, lisse ou profondément texturée. Elle peut être polie, gravée, grattée, superposée ou sculptée. En refroidissant, la cire durcit; sous l’effet de la chaleur, elle redevient fluide.
Couche après couche, elle crée une profondeur qui semble retenir la lumière à l’intérieur même de la matière. Un léger polissage peut révéler un magnifique lustre naturel et intensifier la richesse des pigments.
Une fois stabilisée, la cire constitue elle-même la surface finale de l’œuvre. Aucun verre n’est nécessaire, permettant ainsi au regard de rencontrer directement la couleur, la texture et la présence physique de la peinture.
Il y a quelque chose d’élémentaire dans ce processus : la cire, le pigment, le bois et le feu.
Chacun possède sa propre nature. Mon rôle n’est pas de les contrôler entièrement, mais de les réunir, de répondre à ce qui se produit et de reconnaître le moment où la peinture a trouvé sa forme.
Intemporel. Naturel. Durable.